Histoire d’écrire
L’écriture comme matière pour tisser des liens
L’association paimpolaise Histoire d’écrire a entamé un travail d’écriture au long cours autour de la Tribu nomade.
Les membres de l’association ont été invité(e)s à écrire des textes pour accompagner la Tribu tout au long de sa présence à l’Abbaye de Beauport.
Ces personnages en grès, façonnés par François Dewisme, nous invitent à inventer leur histoire.
Les volontaires ont écrit chacun(e) une lettre pour accueillir les membres de la Tribu Nomade, certain(e)s sont présent(e)s à chacun de leur déplacement et leurs textes suivent leurs protégés au gré de leur cheminement sur le site de Beauport, tandis que d’autres viennent leur rendre visite en toute intimité.


Un rendez-vous mensuel en toute intimité
Histoire d’écrire vous invite chaque premier jeudi du mois à écouter des histoires autour de la Tribu Nomade. Le rendez-vous est à 18h et le temps d’écoute ne dure que quelques minutes.
En prose, en haïkus ou en slams, les membres d’Histoire d’écrire vous proposent de vous (ra)conter la Tribu Nomade par téléphone.
Au creux de votre oreille, vous serez invité(e)s à écouter les voix des écrivant(e)s inconnu(e)s qui vous conteront leurs récits.
Où comment inviter la poésie à prendre vie dans votre combiné téléphonique.
Si vous êtes intéressé(e)s pour participer à cette expérience, vous pouvez écrire à Odile Valente-Roussel (odile.valrou@gmail.com) et Claire Le Guevel (claireleguevel1@gmail.com), toutes deux présidentes de l’association Histoire d’écrire, qui vous informeront de votre rendez-vous avec l’un(e) de leur membre.

Le slam du nomade
T’es qui toi ? T’es qui ?
Tu t’esquives et tu migres
Ton ethnie en escale
Tes frères te dénigrent
De ton clan ancestral
T’es qui toi ? T’es qui ?
Ta famille sans tabou
T’as jeté et tu pries
Déraciné du clan
Pellerin de nulle part
T’es qui toi ? T’es qui ?
Chaman de tradition
Vigile de la concorde
La peste, ta mission ?
Un chemin de discorde
Pose toi donc ici où la nature fait ordre
Tu as fendu la mer
Pour rejoindre notre terre
Dans ton errance ultime
Cohérent paradigme
Tu débarques aujourd’hui
T’es qui toi ? T’es qui ?
Tu connaîtras demain
Sérénité sans fin
Les anciens par ici
Ouvriront grand leurs bras
T’es qui toi ? T’es qui ?
T’es mon frère de joie
T’es ma force de demain
Nous construirons sans fin
L’avenir, l’amitié
Parce que tu le vaux bien.
Claire Le Guevel
Restitution publique
Le 5 novembre 2024, la salle de la pomme a accueilli la magnifique restitution pensée et conçue entièrement par les membres de l’association paimpolaise Histoire d’écrire.
Les échanges épistolaires avec les statues de la Tribu nomade ont été lus à haute voix accompagnés en images et en musique.
Merci pour ce moment qui nous a fait voyager. Merci au public d’être venu nombreux pour assister à ce spectacle.

Que devenez-vous la nuit ?
Peuple venu de la mer, nous vous avons adoptés, accueillis, montés, démontés, dressés dans la prairie, puis dans l’église et le cloître. Vous avez reçu nos admirations, nos affections, vous voyez le passage de beaucoup de visiteurs de l’abbaye… jusqu’au soir.
Et quand le silence revient, quand les lumières du monument s’éteignent, qu’en est-il de vous ?
Je ne sais, je ne suis pas la chouette qui règne alors sur les lieux, je ne suis pas le crâne qui surveille dans sa boîte de l’église. Mais je me plais à imaginer, c’est le privilège de pouvoir écrire, c’est ma totale liberté.
Vous êtes si divers, mais vous avez traversé tant d’aventures, vous avez matière à tant de discussions, vous avez vu des soleils se lever, des aubes à redouter, des dangers plus éprouvants que que ce jour qui se termine. Je n’ose penser aux nuits de tous les dangers, moi qui m’endors tendrement tous les soirs.
Que de nuits à grelotter de froid, de peur au moindre bruit, au frottement d’une bête ou du pas d’un prédateur qui n’a pas besoin d’avoir faim pour détruire. Que de nuits à repasser au clair des étoiles les rêves qui ne passent pas au crible de vos envies, lorsque dans la paix de vos enfances, sur le seuil de vos maisons vous voyagiez en pensée vers votre avenir, ici c’était le paradis. Maintenant dans vos têtes, vous ne pouvez chasser les images de la violence qui vous a pris à la gorge, sans autres maîtres que la folle panique qui crie, qui explose et anéantit votre droit d’exister sur cette terre.
Dans le silence de cet abri de l’abbaye, ce lieu de salut, vieux de deux millénaires, ce minihi qui vous abrite pendant ce séjour parmi nous, vous allez pouvoir souffler. Est-ce possible d’y croire après tant de dangers traversés, tant de haines traversées, tant d’océans affrontés, tant de rebuffades opposées, tant d’humanités refusées ?
Quand tout s’éteint, quand, enfin la gloire du ciel si grand se présente à vous entre les toits effondrés d’une gloire humaine oubliée, vous êtes comme nous, des êtres dressés vers vos espoirs retrouvés ; je l’espère. Les esprits de votre monde ont-ils survécus à toutes vos pérégrinations, ont-ils aussi traversé les mers diaboliques ? La nuit est à vous avec eux, je me retire, ils ont tant à vous dire. Vous, statues-êtres inanimées qui représentent tant d’humains en devenir, d’une humanité qui devra bien s’accepter plurielle, fraternelle. Cette humanité devra bien accepter que votre simple existence est la clé de notre évolution, de la progression d’une espèce en grand danger d’extinction pour la seule faiblesse d’avoir oublié que ce n’est qu’ensemble que nous pouvons vivre sous ces étoiles.
Alors, dans la beauté de la nuit, frères humains, qui près de nous vivez, n’ayez pas le cœur endurci par le spectacle de notre arrogance, notre suffisance, ayez grand pitié pour notre indifférence à votre dénuement. Vous êtes notre espoir et nous ne le savons pas.
Pierre Dheilly